samedi 6 juin 2026

PREMIÈRE MONDIALE POUR UNE VILLE ENTIÈRE : L'UNESCO DÉSIGNE QUÉBEC "RÉGION DE BIOSPHÈRE".


Grosse semaine pour la ville de Québec et son maire Bruno Marchand !  D'abord, mardi, la part du gouvernement fédéral pour le financement du projet de tramway a été enfin confirmée.  Le maire Marchand attendait cette bonne nouvelle depuis 2019 : sept longues années !

D'abord prévue à 1,2 milliard de dollars, à l'époque du gouvernement de Justin Trudeau, cette participation du fédéral est passée à 2,75 milliards de dollars, les coûts de construction du projet ayant explosés après la pandémie de COVID-19.

Le gouvernement canadien avait promis d'assumer 40% de la facture du tramway, mardi, le montant accordé représente 36,2 % du coût total prévu à 7,6 milliards de dollars.  En août 2019, le projet était estimé à 3,3 milliards de dollars...


L’incertitude durait depuis un bon moment à cause de la révision du financement par le gouvernement du Québec qui, après de nombreux rebondissements et contestations (plusieurs sondages montrant que la majorité des habitants de Québec s’opposent au projet de tramway), a finalement pris en main la réalisation de cette infrastructure de transport urbain, remplaçant la ville de Québec comme maître d’œuvre, par l’entremise de la CPDQ Infra, une filiale de la Caisse de dépôt et placement.

Pour le maire Marchand, la confirmation du financement fédéral pour TramCité vient réduire au silence et mettre en échec ceux qui s’opposaient au projet, qui devient désormais irréversible.  Cependant, de nombreux sceptiques estiment que les coûts dépasseront largement les 7,6 milliards de dollars prévus pour la réalisation de ce tramway.
 

C’est une victoire pour le premier magistrat de la ville, qui souligne que presque tous les projets de tramway, ailleurs dans le monde, ont d’abord été controversés, avant d’être largement appréciés une fois en service.  Québec est la seule grande ville du Canada qui n’ait pas de tramway.

D'ailleurs, les travaux préparatoires sont déjà commencés, et au cours des prochaines années, les opérations de construction causeront des perturbations à la circulation qui pourraient nuire aux commerçants, dans la Capitale Nationale.  La mise en service du tramway est planifiée pour 2033. 


🌿Québec région de biosphère de l'UNESCO  

Puis, vendredi, autre bonne nouvelle pour Québec : elle a été désignée « région de biosphère » par l’UNESCO, lors d’une réunion de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, au Paraguay.  C'est une première pour une région urbaine en Amérique du Nord.

Selon le communiqué de l'UNESCO nous apprenant la nouvelle : «Il est inédit qu'un territoire de plus de 600 000 résidantes et résidents, avec des secteurs fortement urbanisés et aussi densément peuplés, obtienne cette désignation».  Il y a 19 régions de biosphère au Canada, dont cinq au Québec, mais elles sont habituellement assez éloignées des grands centres urbains.

Cette désignation de l'UNESCO complète un tour du chapeau pour la vieille capitale, puisque cette organisation avait déjà reconnu l'arrondissement historique du Vieux-Québec comme site du patrimoine mondial en 1985, et qu'elle avait nommé aussi Québec ville créative de littérature, en 2017.  La cité de Champlain, fondée en 1608, devient ainsi la première ville des Amériques à obtenir trois désignations de l'UNESCO.


L’UNESCO justifie la désignation de Québec, et du territoire voisin de la nation autochtone de Wendake, comme région de biosphère, en raison de sa capacité à concilier développement urbain, préservation de la biodiversité, et qualité de vie.  L'UNESCO salue les initiatives visant à protéger et restaurer les milieux naturels, à verdir les espaces, et à faciliter l'accès de la population à la nature.

Selon le maire Marchand et les autorités municipales, cette troisième reconnaissance de l'UNESCO donne encore une fois une visibilité internationale à la ville de Québec.  Selon eux, elle apportera des retombées importantes, permettant d’accélérer les initiatives écologiques sur le territoire, grâce à la mobilisation des partenaires, et au renforcement des liens avec les Nations autochtones.  Elle permettra aussi d’augmenter les zones de conservation de la biodiversité (une exigence liée à la désignation), de renforcer l’attractivité de la région auprès du milieu de la recherche et des entreprises du secteur environnemental, et de développer le tourisme durable, centré sur la nature et la culture.


La maire Marchand ajoute : «Cette désignation confirme que notre ville peut grandir et se développer en harmonie avec la nature qui la traverse.  En harmonie avec 1 400 km de cours d'eau incluant notre fleuve et nos grandes rivières.  En harmonie avec nos boisés urbains, nos milieux humides et notre vaste couronne forestière».

Cette réussite, Québec la doit aussi à une multitude de groupes de citoyens de Québec qui veillent au grain quand des projets dangereux menacent l'équilibre entre la nature et le développement économique.  Ce sont leurs protestations et leurs manifestations qui ont empêché, par exemple, le gigantesque développement domiciliaire du groupe Dallaire, qui voulait bâtir une "ville dans la ville", sur les terres agricoles des Soeurs de la Charité.  Le gouvernement provincial a racheté ces terres riches, de première qualité et bien conservées, pour les redonner à l'agriculture, et à des fins de recherche scientifique (agro parc).


Ce sont également eux qui se sont opposés à l'agrandissement du port de Québec sur les battures de Beauport, un haut lieu de préservation de terres humides pour les oiseaux migrateurs (ZICO), et pour des activités récréatives sur la plage de la Baie de Beauport.  Agrandir le port à cet endroit augmenterait la pollution pour les habitants du quartier Limoilou, déjà affectés par celle de l’incinérateur.  

Le combat n'est pas terminé.  Le port de Québec a obtenu l'autorisation d'aménager son premier terminal international de conteneurs dans le secteur de la baie de Beauport.  Mené par l'opérateur maritime QSL, ce projet vise à manutentionner jusqu'à 200 000 conteneurs par année en utilisant les quais existants.

Le portrait de la ville n’est pas parfait ni idyllique. Il existe aussi d’autres menaces ou lacunes en matière de préservation des milieux naturels à Québec.  Les boisés Châtel et Legendre ont été réduits.  Beaucoup d'arbres seront sacrifiés sur le tracé du tramway.  Les rejets des fosses septiques continuent de polluer le lac Saint Charles, tandis que le plan régional de revalorisation des milieux humides et hydriques reste à peine appliqué, tout comme le lancement des projets de réserves naturelles.


C’est vrai que la canopée recouvre près de 45 % du territoire, mais elle se trouve principalement en périphérie des zones urbaines.  Les arbres manquent beaucoup dans la basse ville de Québec.  Certains indices montrent aussi que la faune est en recul sur le territoire désigné.

Cette désignation de région de biosphère de l'UNESCO doit être célébrée, mais c'est un défi de la conserver.  Elle n'est pas garantie.  Dans les zones centrales, il faut veiller à bien entretenir les parcs, s'assurer de la santé des arbres car ils sont menacés par diverses maladies ou des projets de développement domiciliaire ou industriel,  Il faut protéger les cours d'eau, et veiller à la conservation des paysages, des écosystèmes et des espèces. 


Dans les zones périphériques -ou tampons-, il faut s'assurer du respect de la nature par ceux qui pratiquent des activités comme l'agriculture, l'écotourisme, ou des activités de plein air.

Bref, à Québec, il ne faut pas suivre l'exemple de Montréal, une ville où rien ne semble fonctionner comme il faut : que ce soit les infrastructures de base pour le transport (REM), les infrastructures routières, le système d'aqueduc (les Montréalais devront se priver d'eau cet été, une conduite majeure devant être refaite), un parc immobilier en décrépitude, une société plombée par les problèmes insolvables des sans abris et de la criminalité.


Quand je pense à la métropole, je la revois dans les dessins du célèbre bédéiste montréalais Michel Rabagliati, dans son excellent ouvrage "Y a d'la joie".  Il illustre à merveille les embarras routiers (et les nids de poule), les épaves humaines de l'itinérance et de la drogue, les édifices abandonnés et vandalisés, les graffitis qui défigurent les murs de la ville, le manque de planification urbaine, les infrastructures en ruines, la prolifération des fameux cônes oranges, les paysages d'une laideur repoussante...

C’est vrai que l’artiste, désormais inscrit dans le dictionnaire "Le Petit Robert", affiche un certain fatalisme, comme le soulignait Jean‑Paul Lemieux à propos du peuple québécois. Et si Montréal a indéniablement ses bons côtés, on est quand même loin des éloges de l’UNESCO qui pleuvent sur Québec, une ville florissante sur les plans économique et environnemental.  

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